3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 11:17

Sylvie Goulard, qui êtes-vous ?

 

A l’état civil, une femme de nationalité française, née à Marseille en 1964, mariée à Vannes en 1990, mère de trois enfants. Depuis le décès de mon père, l’an dernier, je mesure cependant que nous ne sommes, chacun de nous, qu’un maillon dans une longue chaîne, avec de grandes responsabilités vis-à-vis des générations futures puisque nous sommes tous des passagers éphémères de cette planète.

 

Ce que l’état civil ne dit pas, c’est que je me sens très Européenne, très heureuse de vivre dans un continent plus doux aux femmes que bien des parties du monde. J’ai eu la chance de faire des études, de mener une activité professionnelle tout en ayant des enfants. C’est un rare privilège. Autre cadeau de la vie : avoir travaillé en France et à l’étranger, avoir pu goûter le bonheur de la mobilité.

 

Quel est votre parcours européen ?

 

Comme dirait Obélix, je suis « tombée dans la marmite » européenne toute petite : ma famille a des origines italiennes. J’ai eu la chance d’apprendre l’allemand jeune, de faire de nombreux séjours en Allemagne, d’abord dans une famille qui m’a accueillie l’été, puis j’y ai fait plusieurs stages durant mes études. C’est le pays de mes « affinités électives ».

 

Professionnellement, je suis entrée au Ministère des affaires étrangères en 1989, année de grand bouleversement européen, et j’ai aussitôt travaillé à l’unification de l’Allemagne. J’y ai fait aussi du droit communautaire, ce qui m’a donné des bases solides. Ensuite j’ai participé à des travaux de prospective sur l’avenir de l’Europe. Désireuse d’approfondir mes connaissances, j’ai rejoint le Centre de recherche international de Sciences Po (CERI) d’où Romano Prodi, Président de la Commission européenne, m’a fait venir auprès de lui, comme conseiller.

 

Pour expliquer l’Europe, j’ai écrit quatre ouvrages dont « L’Europe pour les Nuls », destiné au grand public, dont je suis fière qu’il soit vendu en hypermarché.

 

Enfin, après le référendum de 2005, j’ai voulu aller à la rencontre des Français, sur le terrain, comprendre comment un tel fossé avait pu se créer : en décembre 2006, j’ai été élue à la présidence d’une association pluraliste de défense de l’Europe, le Mouvement Européen, présent sur l’ensemble du territoire, créé en 1949.

 

Ainsi j’ai vu l’Europe sous l’angle des Etats, de la Commission et du terrain, j’ai panaché les expériences de fonctionnaire, de chercheur et de bénévole de la société civile.  Ma conviction, c’est qu’il faut rapprocher des personnes qui ne se parlent pas assez. Il y a trop de divisions, de préjugés réciproques. Une partie du manque d’intérêt pour l’Europe vient de ce cloisonnement nuisible.

 

Vous avez été choisie pour être tête de liste du Mouvement Démocrate pour les européennes dans l’Ouest (régions Poitou-Charentes, Pays-de-la-Loire et Bretagne), pourquoi avoir choisi le parti de François Bayrou pour défendre l’Europe ?

 

En vérité, c’est plutôt François Bayrou qui m’a choisie. Quand il m’a proposé de le rejoindre, l’heure n’était plus à hésiter ; la crise économique et financière est gravissime. L’Union européenne s’est éloignée des Européens. Le plus beau projet politique de tous les temps est menacé. C’est ce qui m’a décidé à lui dire oui. Le Modem s’inscrit d’ailleurs dans la tradition politique qui, en France, a toujours été la plus attachée à l’Europe.

 

Qu’est-ce que pour vous l’engagement politique ?

 

Une responsabilité et, si les électeurs veulent bien de moi, ce sera l’immense bonheur de participer à la construction de l’Europe unie.  Que pourrait-on rêver de mieux que représenter une région aussi dynamique que le Grand Ouest ?

 

Et l’engagement européen ?

 

L’air que je respire.

 

Quelle vision pensez-vous pouvoir apporter à l’Europe du XXIe siècle ?

 

Je n’ai pas la prétention d’apporter une « vision » radicalement nouvelle. Ce n’est pas nécessaire. Si j’arrivais à faire comprendre que celle des Pères fondateurs  de l’Europe conserve toute sa modernité, je serais déjà heureuse.  Ma conviction profonde  c’est que, ces dernières années, le projet des origines, centré sur la solidarité, a été dévoyé, non qu’il ait perdu sa pertinence.

 

 

Le Mouvement Démocrate est europhile, il n’en demeure pas moins qu’il sait être eurocritique, dans quelle mesure l’Union Européenne doit-elle changer ?

 

Comme tous les projets humains, l’Union européenne n’est pas parfaite. Comme je viens de l’indiquer, elle a été en partie dévoyée, notamment à cause d’élargissements nécessaires mais mal gérés. La solidarité fait trop défaut aujourd’hui.

 

Si vous voulez des exemples de carence, je pourrais citer  trois d’entre elles:

-          au lieu d’être une « économie sociale de marché », elle a trop été perçue comme un simple marché. C’est nécessaire mais pas suffisant. L’absence d’harmonisation fiscale aboutit à des courses à la baisse d’impôts. Il faudra y remédier.

-          l’UE a des compétences insuffisantes en matière énergétique. Cet hiver, des familles bulgares ont eu froid parce que nous ne sommes pas capables de nous unir face aux Russes ;

-          l’UE n’existe pas assez, au plan mondial parce que les Etats veulent garder leurs prérogatives diplomatiques. Nous avons besoin d’un sursaut européen.

 

Sur certains sujets, il lui arrive aussi de déraper ; ainsi de la Commission qui veut faire du rosé en mélangeant du vin blanc et rouge alors que les producteurs du Sud de la France font des efforts pour améliorer la qualité de leurs vins rosés depuis des années. Mais le gouvernement français actuel a accepté cette hérésie. C’est bien la preuve que la Commission n’est pas responsable de tous les maux. Elle sert souvent de bouc émissaire.

 

L’ambition européenne reste noble et digne d’intérêt. Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. 

 

Après 30 ans de construction économique, pensez vous que l’Europe doit passer dans une nouvelle phase plus sociale et culturelle ?

 

C’est une présentation un peu rapide. Avec des programmes comme Erasmus, pour la mobilité des étudiants, l’UE a déjà ouvert la voie à une plus grande ouverture culturelle. En matière sociale, l’égalité hommes / femmes a été vivement encouragée par le rapprochement européen. Et à l’inverse, la préservation des cultures régionales et nationales tient à cœur aux Européens. Evitons donc les slogans « le social », « la culture », pour voir ce qui mérite d’être fait au niveau européen et ce qui doit rester entre les mains des Etats ou des régions.

Même Jacques Delors a toujours considéré que certains secteurs du droit social devaient être harmonisés (le temps de travail par ex.), d’autres non (les retraites par ex.).

 

La Bretagne possède de fortes spécificités telles que son identité, la pêche ou l’agriculture, que pouvez-vous dire sur ces sujets ?

 

Je ne réduirai pas la Bretagne à deux activités, si importantes soient-elles. La Bretagne, ce sont des ports de pêche et une production agricole importante mais ce sont aussi des villes dynamiques, des pôles universitaires, un littoral actif, des paysages magnifiques qui attirent des touristes de toute l’Europe. L’essentiel est de trouver un équilibre entre ces diverses activités.

 

Que dites-vous aux Français qui se désintéressent de l’Union Européenne ou qui considèrent celle-ci comme mineure ?

 

J’essaie de leur rappeler combien l’évolution du monde rend inconcevables les approches nationales. Personne, pas même les Etats-Unis ou la Chine, ne lutteront seuls contre le changement climatique. Or l’Europe est un prototype, un laboratoire d’une nouvelle manière de coopérer par-dessus les frontières. Les souverainistes en revanche, ne proposent rien qui soit adapté au monde tel qu’il est.

 

En somme, comment peut-on impliquer plus le citoyen dans l’Europe ?

 

Je ne connais pas « le citoyen ». Je connais des êtres humains, hommes ou femmes, tous différents. Et c’est cette diversité humaine qui est le charme de l’Europe. C’est en rencontrant d’autres personnes, en faisant des échanges, du commerce, des voyages que chacun peut « faire l’Europe ». Cessons de croire que l’Europe doit nous dire comment nous impliquer. Impliquons-nous, chacun là où nous sommes. Ce n’est pas forcément compliqué ; cela peut consister en des petits gestes simples, comme inviter à dîner chez soi un étudiant Erasmus de temps à autre, pour qu’il garde de la France le souvenir d’un pays accueillant.

 

Pour nous, la jeunesse, l’Europe est notre ainée, nous avons toujours vécu avec, mais que nous apporte-t-elle au quotidien ?

 

La jeunesse européenne ne s’en rend pas toujours compte mais, ces dernières années, les Etats ont eu tendance à rompre la solidarité entre les générations : en accumulant de la dette qu’il faudra bien rembourser et en ne prenant pas les mesures que les dégradations de l’environnement appelaient, ils ont nui aux jeunes. Dans ces deux domaines, l’intégration européenne a eu un effet correctif :

-          le pacte de stabilité – que certains perçoivent comme un corset- limite en réalité la tentation, pour la génération au pouvoir, de creuser encore les déficits  au détriment de la jeunesse ;

-          la prise de conscience environnementale a été accélérée par la coopération avec les pays du Nord de l’Europe ; c’est sous leur impulsion que des zones naturelles ont été préservées, des énergies renouvelables promues.

 

Voilà, à mes yeux, la contribution essentielle de l’Europe pour la jeunesse  mais les gouvernements nationaux se gardent bien de l’expliquer.

 

L’Europe est notre avenir à tous mais particulièrement celle des Jeunes, comment pensez-vous impliquer plus activement les jeunes dans l’Europe ?

 

Au Mouvement européen, j’ai beaucoup misé sur la branche jeune ; ils ont eu le soutien moral et financier de l’équipe que j’ai présidée, pour développer leurs actions. Si je suis élue, je serai tout particulièrement à l’écoute des jeunes. J’irai à leur rencontre. Je les encouragerai à apporter toute leur contribution.

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Publié par David Guillerm - dans Europe
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