19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 10:00
 

Réduire les émissions mondiales de CO2 n'épargnera pas aux populations les plus pauvres des villes du Sud de
subir les conséquences du changement climatique, prévient le
Britannique David Satterthwaite, sociologue et urbaniste à l'Institut international pour l'environnement et le développement, à Londres. Ancien membre du Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), le chercheur vient de publier, pour la Banque mondiale, une étude sur les "Aspects sociaux du changement climatique dans les zones urbaines des pays pauvres".

Alors que les débats s'intensifient entre pays riches et pays émergents, quelques mois avant le sommet de Copenhague, qui doit donner, en décembre, une suite au protocole de Kyoto, M. Satterthwaite appelle à aider les villes des pays pauvres à s'adapter aux effets du changement climatique.

Qu'est-ce qui ne va pas concernant la lutte contre le changement climatique dans les villes des pays en développement ?

Les pays riches et les agences internationales mettent l'accent sur l'atténuation du réchauffement, par la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais dans la plupart des villes des pays pauvres, c'est à la fois injuste et inefficace. Injuste, parce que la population urbaine la plus exposée aux risques climatiques a très peu contribué au réchauffement. Inefficace, parce qu'il n'y a dans ces villes pas grand-chose à réduire ! Leurs émissions de gaz à effet de serre sont déjà très faibles. Vouloir les limiter risque même de freiner le développement de ces pays.


La véritable urgence pour les pays pauvres, c'est de s'adapter aux effets du changement climatique, pas de lutter contre ses causes. Or certaines villes de ces pays préfèrent afficher des stratégies de réduction des émissions de CO2 qui leur donnent une image internationale positive et un ticket d'entrée dans le club des villes du Nord.


En quoi consisterait cette adaptation ?


Il faut étudier quelle population vit dans les zones à risque, qui manque d'infrastructures de protection, qui n'a pas les moyens d'éviter ou de limiter l'impact du changement climatique. Les populations les plus pauvres s'installent sur les terrains les plus exposés comme les zones inondables, ou les pentes instables, parce que ce sont les seuls à leur portée. Et elles hésitent à les quitter, même temporairement, de peur de ne pas pouvoir y retourner, car elles les occupent illégalement.


A cela s'ajoutent la précarité des constructions, l'absence de réseaux d'eau potable, d'assainissement et d'électricité, de ramassage des déchets, autant de facteurs de vulnérabilité aggravés par le changement climatique. C'est à tout cela que les politiques d'adaptation doivent répondre. Leur coût est largement sous-estimé : comment voulez-vous adapter des infrastructures qui n'existent pas !


L'agenda climatique et celui du développement seraient donc les mêmes ?


Oui. L'adaptation au changement climatique est encore vue comme un problème d'environnement par les agences internationales. Or le déficit d'adaptation n'est rien d'autre qu'un déficit de développement. Si les politiques liées au climat ne sont pas activement tournées vers les plus pauvres, elles auront de graves conséquences sociales.


Il y a beaucoup d'exemples de projets environnementaux qui ne servent que les intérêts des plus riches ou qui comprennent des mesures "anti-pauvres". On voit ainsi des bidonvilles éradiqués et des communautés vulnérables purement et simplement chassées de chez elles au prétexte qu'elles occupent un terrain à risque, en réalité pour des raisons politiques. A Bombay ou à Mombassa, par exemple, beaucoup de zones où sont installés les pauvres sont certes inondables, mais aussi très convoitées pour de luxueuses opérations immobilières ou touristiques.


Qui a les moyens de mettre en oeuvre ces politiques ?


Ce n'est pas qu'un problème d'argent. Dans les pays en développement, les administrations ne sont pas en capacité de gérer ces risques. Or développer ces compétences prendra beaucoup de temps. Par ailleurs, très peu de ces gouvernements s'appuient sur les populations les plus vulnérables, les acteurs locaux. C'est pourtant ce qui marche le mieux.


En Inde, en Thaïlande, au Malawi, au Kenya, aux Philippines et ailleurs, des associations d'habitants de bidonvilles ou de sans-abri, souvent animées par les femmes, financent et gèrent les équipements, les services urbains et les logements avec une efficacité et un retour sur investissement bien meilleurs que ce qu'obtiennent les gouvernements ou les ONG. Leur action tire le développement dans un sens qui répond aux enjeux du changement climatique. Les organisations internationales doivent apprendre à travailler avec ces associations, exclues de toutes les négociations.


Propos recueillis par Grégoire Allix, Le Monde.

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Publié par David Guillerm - dans environnement
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