21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 10:00

Au-delà des propos extrêmes provenant de la rigidité de la CGT, des amalgames faciles du PDG de Titan International, Maurice Taylor et d’Arnaud Montebourg qui malheureusement finit toujours par des menaces, l’affaire Goodyear met une nouvelle fois en lumière les faces cachées de la mondialisation.


Dans le courrier de Maurice Taylor, il y a de nombreuses bêtises mais il y a aussi l’analyse d’un patron de l’économie mondialisée. Pourtant, tous les journalistes se sont jetés sur les raccourcis et ne se sont pas intéressés au fil conducteur de la pensée du patron de Titan International. Dans son courrier, Maurice Taylor fait un parallèle entre économie française et économie émergente :


« Titan va acheter un fabricant de pneus chinois ou indien, payer moins de 1 euro l'heure de salaire et exporter tous les pneus dont la France a besoin. »


C’est une nouvelle fois, l’économie mondialisé et ses travers qui sont mis en avant dans cette affaire. Les patrons des multinationales ne font plus dans le sentiment et s’intéressent uniquement à la recherche du profit mais ce phénomène a été poussé et accentué par les politiques. Le courrier de Maurice Taylor le montre très bien :


« Les Chinois livrent des pneus en France – en fait dans toute l’Europe – et vous ne faites rien. Le gouvernement chinois subventionne tous les producteurs de pneus »


Peut-on défendre le libre-échange sans limite comme le fait l’Europe lorsque les partenaires de ce système ne respectent pas les mêmes règles du jeu ? Non bien sûr, et c’est justement là où est le problème. L’Union européenne ouvre ses frontières et son marché à des pays qui refusent l’inverse ou trichent. L’UE contrôle les subventions et les aides aux entreprises alors que des pays comme la Chine, versent des millions à son industrie.


L’affaire Goodyear est loin d’être un phénomène isolé et le PDG de Titan ne fait qu’énoncer une réalité, les multinationales n’ont plus d’autres possibilités que de délocaliser une grande partie de leur production s’ils veulent aujourd’hui se maintenir dans la compétition mondiale.


Nous n’allons pas avoir le choix, si nous voulons relancer l’industrie en Europe, il va falloir s’appuyer sur l’innovation et la recherche mais pas seulement. Les politiques vont devoir également défendre le marché européen en imposant plus durement les normes techniques, sociales et environnementales pour tirer tout le monde vers le haut. 


Les gesticulations et propos du ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, sont une nouvelle preuve de l’incapacité de nos politiques à prendre le taureau par les cornes. Face au courrier du PDG de Titan et à son refus de relancer les négociations sur l’usine Goodyear, Montebourg a répondu par la menace et le chantage :


«En attendant, soyez assuré de pouvoir compter sur moi pour faire surveiller par les services compétents du gouvernement français avec un zèle redoublé vos pneus d'importation. Ils veilleront tout particulièrement au respect des normes applicables en matière sociale, environnementale et technique.»


Pourtant, la vérité, c’est que les entreprises ont suivi le chemin mis en place par les politiques néo-libérales de nos responsables avec l’appui de nombreux lobbyings à travers les traités internationaux. Les premiers responsables sont les décisionnaires politiques qui ont signé les traités. La route sera longue avant de relancer la production en France et en Europe, mais les objectifs doivent être clairement définis. On doit redonner un sens moral à l’économie et s’est aux politiques que revient cette tâche. Il faut qu’ils se mettent autour de la table pour réformer le système en pensant à l’intérêt des Hommes et à celui de l’environnement. 

 

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Publié par David Guillerm - dans France
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Bernard 18/03/2013 20:54


Bonjour,


Merci our cet article. Comme beucoup de Francais de l'etranger je regarde ces soubresauts avec un regard parfois etonne. Cette lettre de Maurice Taylor est evidemment parfaitement excessive,
voir insultante et  meme erronee.


Erronee parce que compe tenu des nouvelles normes europeennes en matiere de pneus je souhaite bonne chance a Titan avec ses importations.


Elle traduit cependant une sorte d'agacement devant cette rhetorique destructrice a la Montebourg, destructrice d'image.

de KERMEL 16/03/2013 17:55


Bravo pour cet article. Question : comment peut-on rebondir ?


Il est clair que dans le dossier Good Year, la CGT a surement poussé le bouchon beaucoup trop loin, comme elle le fit dans les
ports français ou encore dans l'imprimerie.


Mais ce n’est pas le problème. Nous sommes là devant une question de principe : je ferme en France pour faire fabriquer à 1 € de
l’heure et réimporter sans droits de douane. Beaucoup d’autres font la même chose, après avoir fermé des usines françaises dans lesquelles la CGT n'était pas présente, et où les salariés étaient
prêts à faire des efforts. Le problème posé est donc général. Il met en évidence l'une des anomalies de la mondialisation telle qu'elle et conçue aujourd'hui.


En fait, cette lettre est une occasion extraordinaire, pour le gouvernement, pour la Commission européenne, pour les entreprises
françaises, notamment les PME, et pour tous les citoyens, d’exiger d’urgence une réunion de l’Organisation Mondiale du Commerce, pour que soit enfin reconnu le principe de la réciprocité des
échanges dans le commerce mondial (Pas seulement au niveau des marchés publics, comme feignent de le croire nos dirigeants, mais dans le commerce en général).


Ce principe est un principe de base de l’économie libérale (Ricardo). Il est le corollaire indispensable du concept de "l’avantage
compétitif", qui permet à un pays de se spécialiser dans les domaines où il est le mieux placé, son partenaire se spécialisant dans un autre domaine où il est le mieux placé. Cela suppose que les
échanges s’équilibrent à peu près, sinon l'affaire est "perdante-gagnante", ce qui n'est pas durable.


Or, si dans l’un des pays les ouvriers sont payés 1 € de l’heure, et s’il n’existe aucune règlementation environnementale, il est
impossible de lutter. Voilà pourquoi nous importons à tout va de la Chine et ne lui exportons quasiment rien. Dans ce cas, il faut pouvoir limiter les importations où les taxer afin de recréer un
équilibre.


En clair, sans ce principe de la réciprocité des échanges, l’avantage compétitif est juste une duperie, une concurrence déloyale et
faussée. Monsieur Taylor vient donc de démontrer sans discussion possible que le commerce mondial est surtout un lieu de dumping social et environnemental.


Ce n’est pas "la mondialisation dont nous avions rêvé", comme l’avait rappelé avec une force exceptionnelle l’ancien Président de la
République française, lors de son discours de Davos (lire le script Page 4, Paragraphe 2, sur le site :
www.pauvrete-politque.com)


Et tout ceci nous ramène aux thèses de Maurice Allais qui suggérait d’organiser la mondialisation entre ensembles régionaux de niveau
de vie et de niveaux de revenus [salariaux…] comparables, pour élargir ensuite ce cadre, au fur et à mesure des progrès.


On doit aussi se poser la question : pourquoi Maurice Allais a-t-il été marginalisé, et pratiquement interdit de communication ? Qui y
avait intérêt ? Qui s’est prêté à ce qui ressemble finalement à une forfaiture intellectuelle ?


¨Pardon d'avoir été long !


 


Bertrand de Kermel


Président du Comité Pauvreté et Politique 

Marie-Françoise 16/03/2013 16:49


Excellent article, clair, intelligent, dont j'aimerais que les responsables de l'économie en France prennent connaissance.

David Guillerm 18/03/2013 15:29



Merci Marie-Françoise! 



       

 

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