11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 19:15

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« Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage » disait Boileau. Il semble en aller de même en ce qui concerne les négociations climatiques. Voilà déjà six ans que se sont engagées les négociations sur la suite à donner au Protocole de Kyoto, seul accord à imposer des objectifs chiffrés de réduction ou de limitation des gaz à effet de serre. A l’époque un groupe de travail fut spécialement établi pour parvenir à de nouveaux engagements d’ici à 2009. La date était essentielle. Il fallait parvenir à un accord en 2009 afin de pouvoir le signer lors de la conférence de Copenhague, avant que le processus de ratification ne soit entamé par chacun des Etats parties au Protocole. L’idée alors était d’éviter le « vide » entre deux périodes d’engagement. La Conférence de Copenhague se termina sans que le moindre accord soit conclu, psychodrames à l’appui. Les négociations ont donc continué, le groupe de travail fut reconduit.

 

A l’époque il restait encore trois ans avant la fin de la première période d’engagement. Aujourd’hui les heures sont comptées. La première période se termine le 31 décembre 2012. Autrement dit, si aucun accord n’est conclu d’ici là, le 1er janvier 2013 les Etats parties au Protocole (Japon, UE, Russie pour ne citer qu’eux) n’auront plus le moindre engagement chiffré de réduction de gaz à effet de serre !

 

Ce protocole n’était déjà pas la panacée. Non ratification des Etats-Unis, aucun objectifs chiffrés imposés aux pays émergents (et principalement le gros pollueur qu’est la Chine), absence d’efficience des mécanismes de sanction (le Canada n’a ainsi pas respecté ses objectifs sans être inquiété). Il n’en demeure pas moins que ce Protocole se voulait un instrument de lutte contre le réchauffement climatique avec un objectif de limitation à 2C° et qu’il gravait dans le marbre des objectifs individuels. Ainsi l’UE s’est-elle voulue moteur dans cette lutte. Ce n’est pas tout, le Protocole, sur cette base instaure des mécanismes de marché, permet les investissements dans les projets faiblement émetteur de carbone (les MDP), etc.

 

A la suite de Copenhague, Cancun. L’objectif était différent alors. Il s’agissait de restaurer la confiance, de construire le dialogue. Ce fut fait. Durban, devait passer à la vitesse supérieure, à un an de l’échéance fixée par le Protocole de Kyoto, il fallait trouver un accord ! Qu’importe la forme : faire perdurer le Protocole sur des objectifs légèrement retouchés, trouver un nouvel accord avec des objectifs définis par les Etats eux mêmes, écrire un nouvel accord avec les émergents et les Etats-Unis. Bref sauver la face, et surtout sauver la planète de l’élévation du niveau des mers, de la disparition d’écosystèmes, d’inondations, de dégradations des sols , des pénuries alimentaires, d’épidémies, de migrations des réfugiés climatiques. Sauver Tuvalu, mais aussi les Pays-Bas.

 

L’enjeu est, était de taille. Mais les Etats parties et non parties (Etats-Unis en tête) n’ont pu qu’illustrer la discorde. Les paroles rassurantes des diplomates n’y changeront rien.

 

Certes le Protocole de Kyoto perdure. Mais aucun objectif chiffré n’a été négocié. Un accord symbolique donc ? Oui fortement, même si ceci permet de conserver les mécanismes que met en place le Protocole. Mais faute d’objectif de réduction les Etats n’auront aucune incitation. Pourquoi aller investir dans les technologies et énergies propres s’il n’y a pas de carotte économique et / ou financière ?

 

Sonnons nous en cette fin de Conférence le glas d’un régime juridique international du climat ? Non, les citoyens du monde ne le supporteraient pas. Mais ce dimanche 11 décembre 2011 se termine avec une pointe d’amertume. Les négociations sur la lutte  contre le changement climatique renvoient sine die la conclusion d’objectifs chiffrés. Autrement dit : l’avenir est bien flou et la lutte climatique sans objectifs s’impose avec fatalisme.

 

A trop remettre l’ouvrage sur le métier, on oublierait presque que l’objectif est de finir cet ouvrage…

 

Un article de Carole Guillerm, Présidente des Jdem29. Elle a déjà eu l'occasion de travailler sur le Protocole de Kyoto au sein du Ministère des Affaires Etrangères.


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Publié par Carole Guillerm - dans environnement
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