7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 10:00

Le Nouvel Obs

A
compter de lundi, et pour deux semaines, les yeux de la planète seront sur Copenhague. Mais la conférence des Nations unies sur le climat, annoncée à grands renforts de tambours et censée orchestrer la lutte contre le réchauffement, pourrait se contenter d'accoucher d'une souris.

Le sommet s'ouvre le 7 décembre et se clôt le 18. Les délégations de 192 pays y discuteront, avant qu'une centaine de chefs d'Etat et de gouvernement s'y retrouvent pour la phase finale des pourparlers, dont on espère qu'ils déboucheront sur un accord, en vue de succéder au Protocole de Kyoto de 1997, qui arrive à échéance en 2012.


Le metteur en scène est Yvo de Boer, le "Monsieur Climat" de l'ONU, secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations unies sur les Changements climatiques (CCNUCC). Il se veut optimiste, tablant sur "un tournant historique dans la lutte contre le changement climatique".


Les désaccords sont si nombreux, notamment entre pays riches et pays pauvres rassemblés en "G77", que les parties ont renoncé à voir Copenhague déboucher sur un texte à valeur contraignante. La conférence pourrait en revanche produire un accord politique fixant le cadre pour la poursuite des discussions, en vue de la signature formelle d'un traité l'année prochaine.


Copenhague se concentre donc sur deux grands axes centraux: la fixation d'objectifs chiffrés pour le contrôle des émissions de gaz à effet de serre (GES) -et ce y compris de la part des Etats-Unis et des grands pays émergents, principaux pollueurs- et la détermination de la somme que les pays riches sont prêts à débourser pour aider les pays en développement à lutter contre le réchauffement.


Sous le dôme de l'ultra-moderne Bella Center de Copenhague, les délégués plancheront aussi sur d'autres aspects du dossier, plus techniques et moins politiques: comment protéger les forêts, comment mesurer les émissions, comment fixer les règles pour les "crédits-carbone", comment faire appliquer un accord.


Vendredi, Washington a fait monter la pression: la présence annoncée de Barack Obama pour la clôture du sommet, ultime ligne droite des négociations, laisse espérer une issue favorable...


Depuis Rio en 1992, qui appela à la limitation des émissions de GES, les négociations internationales sur le climat avancent en effet à la vitesse de l'escargot.


Il aura fallu cinq années pour aboutir au Protocole de Kyoto qui fixa des objectifs contraignants pour 37 nations industrialisées. Mais ce texte a été rejeté par les Etats-Unis et la résistance américaine pendant les huit années de la présidence de George W. Bush ont bloqué toute avancée.


La planète, elle, n'a pas attendu. L'Organisation météorologique mondiale devrait confirmer à Copenhague que la première décennie du XXIe siècle a été la plus chaude jamais vue.


Et ce réchauffement semble plus rapide qu'envisagé. Les températures augmentent de 0,19 degré centigrade par décennie, et deux fois plus vite encore dans le Grand Nord, où la glace de mer de l'Arctique fond à des vitesses record, menaçant de disparition les ours polaires, espèce emblématique de cette mort lente.


Usines, automobiles, combustion des forêts: la présence humaine produit 29% de plus de dioxyde de carbone qu'en 2000, étouffant une planète dont l'atmosphère n'a jamais contenu autant de CO2 en deux millions d'années, selon le Global Carbon Project.

Si ce rythme d'émissions se poursuit, d'ici 2060, les températures pourraient avoir gagné quatre degrés centigrades de plus que les niveaux pré-industriels. Un réchauffement qui précipiterait encore les perturbations climatiques: sécheresses et tempêtes, maladies tropicales, inondations, disparitions d'espèces...


Cette peur rassemble 15.000 délégués, experts et organisations environnementales à Copenhague. Mais aussi des militants réclamant plus de "justice climatique". De crainte de troubles, des centaines de policiers sont mobilisés dans l'habituellement paisible capitale danoise.


Autour de délégués s'écharpant à huis-clos, Copenhague déploiera également tout un festival de causes ou d'opinions, où les "croyants", emmenés par Al Gore, Nicolas Hulot ou le prince Charles, affronteront les "sceptiques", qui jugent les premiers alarmistes et doutent de la gravité du changement climatique.


Les promesses chiffrées laborieusement avancées avant Copenhague déçoivent chercheurs et pays pauvres: les scientifiques estiment qu'il faut d'ici 2020 réduire les émissions de 25 à 40% sous les niveaux de 1990, pour que le réchauffement soit contenu dans la limite de deux degrés supplémentaires.


Les promesses de l'Union européenne s'en approchent (l'UE s'engage pour au minimum 20%). Aux Etats-Unis, où l'arrivée aux commandes de l'administration Obama avait réveillé les espoirs de déblocage, le président démocrate, coincé par son Congrès, envisage une réduction de 17%, mais sur la base de 2005.


Pour la première fois, le monde en développement, exonéré à Kyoto, a avancé ses propres propositions. Les annonces des grands pays émergents, parmi les plus pollueurs au monde, pourraient débloquer la situation: la Chine et l'Inde ont promis de ralentir l'augmentation de leurs émissions, mais pas plus, et de l'aligner sur la croissance de leurs économies.


Mais tous ces efforts mis bout à bout ne font pas le bonheur des scientifiques: selon une dernière étude, les cibles de réduction avancées par les pays industrialisés produiraient tout de même un réchauffement global de plus de trois degrés centigrades à l'horizon 2100. AP

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