5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 10:30

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Découvrez mon nouvel édito pour le site mediavox.


Louis Gallois, commissaire général à l'investissement, remet aujourd’hui son rapport au président de la République sur la compétitivité française. Celui-ci a déjà fait couler beaucoup d’encre tant les questions qu’il aborde sont pour la plupart taboues en France... ces préconisations ouvrent en tout cas un débat essentiel pour notre pays. Le gouvernement doit impérativement s’en saisir et prendre un certain nombre de mesures qui s’imposent.


Les gouvernements successifs du pays, de droite comme de gauche, n’ont pas pris cette question à bras le corps et ont laissé la France s’envenimer dans une situation peu confortable. Le déficit du commerce extérieur souvent pointé du doigt par François Bayrou durant la présidentielle, est symbolique de ce phénomène. La balance commerciale du pays se dégrade continuellement depuis le début des années 2000. La France a enregistré en 2011 un déficit commercial record de 73 milliards d'euros.


A l’heure où j’écris cet édito, je ne connais pas encore le contenu du rapport Gallois, et je ne saurais dire si toutes les préconisations du commissaire devront selon moi, être suivies mais une chose est certaine, elles devront toutes être examinées.


Pour ma part, je considère que le débat ouvre sur 3 parties : la mondialisation, la réforme de l’Etat, et le positionnement des entreprises.


La mondialisation

Sans pouvoir y répondre, ce rapport ouvre une nouvelle fois la question de la mondialisation car elle est le cadre dans lequel la compétitivité française s’insère. La mondialisation a changé les équilibres et les rapports de force dans le commerce international. Les Etats du monde, sous l’impulsion et le lobbying des entreprises, ont accepté le libre-échange sans concession et sans contrepartie. La déréglementation, la spéculation et l’ultra-libéralisation des marchés ont poussé à une concurrence du moins-disant social et salarial. Les droits du capital ont pris le dessus sur les droits des travailleurs et partout on a tiré vers le bas les salaires et la protection sociale.


Je n’accepte pas aujourd’hui d’entendre et de lire qu’il faut de la modération dans les salaires des travailleurs. Comment a-t-on pu croire qu’il pourrait y avoir une concurrence parfaite entre des pays possédant une forte protection sociale et les autres ? Les Etats ont trop souvent laissé faire les marchés et doivent maintenant reprendre la main. Ainsi, on remarque que les pays qui parviennent à la plus forte croissance telle que la Chine et les pays avec les plus hauts niveaux de vie comme les pays scandinaves, ont tous en commun des Etats forts et présents. De plus, les enjeux environnementaux ont souvent été pris en compte par les entreprises lorsque les Etats ont imposé des normes.


Réfléchir à la compétitivité en France, impose donc une réflexion globale sur la place de l’Etat et sur la mondialisation. Je n’ai jamais, par exemple, trouvé que le mot protectionnisme était un gros mot à condition que celui-ci soit entendu comme une protection d’acquis sociaux ou de normes environnementales.


L’Etat

Le laisser-faire dans le cadre de la mondialisation ne saurait pourtant éviter un certain nombre de réformes en France. Nous savons aujourd’hui que les ressources sont limitées et qu’un pays ne peut plus se baser uniquement sur une croissance perpétuelle pour réussir. La France a fait le choix d’un système social puissant et protecteur. Sans jamais sacrifier celui-ci sur l’autel de la compétitivité, notre pays peut aujourd’hui apporter des réformes structurelles pour répondre aux enjeux du XXIe siècle.


La France doit se réconcilier avec l’entreprenariat et la création. Avec une bureaucratie extrêmement lourde, créer, innover et entreprendre sont des vrais parcours du combattant dans notre pays. Pour améliorer sa compétitivité, l’Etat doit sans aucun doute, assouplir son système et alléger ses procédures administratives. Bien sûr, réduire la paperasse ne peut pas suffire à aider les entreprises, il faudrait également alléger leurs charges. Ceci semble être une nécessité qui pourrait être compensée par une taxe sur les transactions financières facilement justifiable.


Le gouvernement doit également focaliser ses efforts sur la protection de la propriété intellectuelle en poussant l’Europe à faciliter les dépôts de brevet. L’innovation doit permettre à notre économie de réussir dans la mondialisation. 


Les efforts du pays doivent également porter sur la rééducation des consommateurs pour amener les citoyens vers des achats proactifs et réfléchis. L’adage « Consommer moins et mieux » va devenir rapidement une réalité avec la limitation des ressources, l’augmentation des prix des matières premières et la problématique environnementale. Il faut redonner du sens à la consommation et je pense que cela peut passer par les territoires avec des labels nationaux ou régionaux à l’image du succès de « produit en Bretagne ».


Ces actions gouvernementales rapidement évoquée doivent être, selon moi, développées en parallèle d’une réflexion globale de la stratégie de positionnement des entreprises françaises.


L’entreprise

Comme je les notais plus haut, les coûts de production n’expliquent pas tout dans les difficultés des entreprises et celles-ci peuvent s’en détacher en partie. Des pays dits « riches » ont des entreprises qui connaissent un succès important malgré le niveau de vie élevé des travailleurs. Les entreprises peuvent réussir en prenant en compte ces différents paramètres. Je pense ainsi qu’elles doivent focaliser sur la compétitivité hors-prix et sur l’image de marque.


La compétitivité hors-prix est une forme de compétitivité moins visible. Elle repose sur la capacité d'innovation et l'amélioration constante de la productivité et de la qualité. Cette forme de compétitivité entraîne généralement une "montée en gamme"  et une amélioration du taux de marge des produits. Cette compétitivité par l'innovation permet à une entreprise de pratiquer des prix plus importants et surtout elle améliore l’image de marque de l’entreprise.


Si une entreprise travaille sur sa compétitivité hors-prix et sur son image de marque, elle peut justifier un prix plus élevé pour ses produits. Pléthore d’exemples vont dans ce sens à l’image de la ligne DS de Citroën qui connait un vrai succès et dont les voitures sont assemblées en France. François Bayrou affirmait durant la présidentielle que nous devions reconquérir la production en commençant par le haut de gamme, il avait raison. En tout cas, les entreprises doivent commencer par travailler l’image de leurs produits.


La France possède une image exceptionnelle dans de nombreux secteurs à l’étranger : gastronomie, beauté, luxe, cosmétique, culture mais également autour de l’innovation, l’ingénierie et la recherche. Je pense que les entreprises doivent se baser sur ces atouts pour partir à la conquête de la mondialisation.  


C’est donc dans un cadre français mais aussi européen que nos responsables politiques pourront répondre à ces différents enjeux pour améliorer notre compétitivité et surtout réfléchir au contexte dans laquelle celle-ci s’insère.  

 

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Publié par David Guillerm - dans France
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