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        On a beaucoup daubé sur le centre. Gauche et droite qui, comme chacun sait, ne s’entendent sur rien parce qu’elles se ressemblent de plus en plus, s’unissent pour taper à bras raccourci sur ce qu’elles appellent, par dérision, le « trou noir » du paysage politique. Aujourd’hui, et surtout depuis un certain jour de 2007, c’est François Bayrou et son MoDem qui subissent les foudres des partis dominants. Il pleut les adjectifs les plus sonores, tendez vos rouges tabliers : opportunistes, girouettes, inexistants, hâbleurs, j’en passe et des plus osés. Bayrou ? Combien de divisions, disent les plus indulgents ? Et d’évoquer avec un sourire aussi railleur que condescendant, la soi-disant descente aux enfers du candidat à la présidentielle qui avait réuni, sur son nom, plusieurs millions de Français pour aboutir à des scores législatifs et municipaux tout ce qu’il y a de plus modestes. Fonte des neiges centristes, peau de chagrin, quelque chose en lui de rétréci… Et les plus déchaînés de jeter d’ores et déjà, le bébé Modem avec l’eau du bain électoral.
 
         Le livre d’Imhotep a plusieurs mérites, dont celui de montrer que le centrisme n’est pas un clone fécondé par ordinateur dans un placenta artificiel, mais bien l’une des constances séculaires de la politique française depuis le catholicisme solidaire de Lamennais, Lacordaire et Montalembert jusqu’aux derniers avatars de l’UDF post-giscardien, en passant par ces bâtisseurs d’Europe que furent Robert Schuman, Georges Bidault et Jean Lecanuet, tous ces républicains sociaux qui ont maintenu, face à une droite fermée et une gauche marxisante, les vertus du personnalisme et la nécessité de ne jamais séparer l’économique du social. Imhotep prend vigoureusement la défense de Bayrou en retraçant son parcours de béarnais stoïque, et en insistant sur le fait que l’agrégé de lettres est resté cohérent dans toutes les actions qu’il a menées, que ce soit à l’Education Nationale ou au Palais Bourbon, et que le Modem, selon lui, représente plus que jamais l’avenir souhaitable entre un Sarkozy que l’auteur ne peut pas sentir et une gauche qu’il juge toujours intoxiquée par l’utopie. Reste à savoir si cet enthousiasme militant se verra récompensé par les présents efforts d’un Bayrou, que je trouve personnellement beaucoup plus occupé à jouer les opposants de Sa Majesté qu’à inventer des lignes nouvelles dont nous avons pourtant le plus urgent besoin.
 
         L’important est qu’on lit Imhotep avec beaucoup de plaisir, en raison d’abord d’un style qui galope avec talent, de connaissances politiques et historiques sûres et d’un sens aigu de la satire. Toutes choses  qui, en ces temps de disette, sont loin d’être négligeables.
 
        André Bercoff écrivain, journaliste a publié plus d'une trentaine de livres dont le dernier en date (2008) chez Albin Michel Précis de décomposition française

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